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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 20:23

(tiré à part de notre e-book « Être végétarien, le bon choix ? »)

Il va de soi que mes écrits n'engagent que moi et que mon opinion n'est pas forcément représentative du mouvement végétarien majoritaire. Ceci dit, les associations végétariennes françaises, étrangères et internationales sont totalement indépendantes de tout lien politique ou religieux. Elles n'ont aucune espèce de ressemblance avec une secte. On ne songerait pas à traiter de secte une ligue antialcoolique ou une association de fumeurs dépendants qui cherchent à se libérer de l'emprise de la cigarette.

Du reste, dans toutes les sectes - au sens occidental1 - il y a un gourou qui cherche à profiter financièrement de ses adeptes, leur imposant des obligations contraignantes pour mieux les manipuler. Le végétarisme cherche à libérer l'homme et non à l'asservir.

Si l'on en croit Olivier de Rouvroy :

« Le végétarisme reste aujourd'hui assimilé par beaucoup de personnes à un phénomène sectaire. Il est souvent considéré comme une menace pour les valeurs morales et identitaires de notre civilisation. Les végétariens sont en effet souvent présentés non seulement comme des utopistes, mais comme des parasites incapables de s'intégrer à notre société de consommation ».

« Pourtant, devenir végétarien est réellement devenu aujourd'hui pour notre humanité une simple question de survie, ni plus ni moins. »

Secte est du reste un mot bien pratique pour terroriser ceux qui s'écartent de la pensée unique et instaurer le totalitarisme intellectuel. C'est le signe d'une société malade qui refuse de se remettre en question.

Refuser de manger de la viande et du poisson, tout en continuant à manger du fromage, des œufs et à boire du vin est perçu par la majorité comme une fantaisie. S'il n'essaie pas d'imposer son point de vue, le végétarien de service est alors taquiné, généralement sans méchanceté, histoire de souligner sa différence.

Il en va différemment du végétalien qui semble cristalliser les haines. Étant donné qu'il délaisse à peu près tous les aliments considérés comme enviables par le citoyen habituel, il s'exclut de lui-même de la communauté vis à vis de laquelle il porte un regard critique.

Les « véganes 2» sont à ce titre les plus engagés, souvent militants de la cause animale et heurtent volontiers la bonne conscience bourgeoise.

Brassens ne chantait-il pas dans les années 60 :

Mais les braves gens n'aiment pas que

L'on suive une autre route qu'eux.

Il va de soi que, dans l'esprit de Brassens, « braves gens » était synonyme de « à la mentalité étroite ».

Le « troupeau » est en effet peu imaginatif et la créativité a toujours été le fait d'artistes bohèmes et de marginaux bourlingueurs. Voir clair exige un certain isolement, une distanciation que n'ont pas ceux qui sont immergés dans le feu de l'action. Celui qui reste à l'écart de l'agitation et de la confusion peut en effet plus aisément percevoir les travers de notre société et y entrevoir des solutions.

Jadis, les rois avaient leur fou autorisé à dire des vérités dérangeantes et les monarques « éclairés » comme François Ier, Louis XIV ou Catherine II de Russie protégeaient les intellectuels et les artistes. Aujourd'hui, il semble que nous soyons parvenus au crépuscule de la démocratie. L'intolérance refleurit partout sous forme de haine raciale et de fanatisme religieux, comme aux pires époques de notre histoire. Nous sommes au bord du gouffre.

Les végétariens proposent une alternative à ce monde ténébreux qui nous envahit. Ils ont sans doute compris avant les autres que tout changement commence par soi-même, conformément au message de Gandhi : « Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde ».3

1 En orient, le mot secte n'a pas le caractère péjoratif qu'on lui attribue chez nous. Tout mouvement religieux est qualifié de secte et son maître spirituel de guru.

2 Végétalien ne portant ni cuir, ni fourrure et refusant l'exploitation de l'animal par l'homme (vivisection, chasse, corrida, manèges de chevaux, cirques, apiculture).

3 Ceci dit, il faut reconnaître que l'on rencontre chez une minorité de véganes de l'intolérance envers ceux qui ne suivent pas la même voie qu'eux : omnivores, voire même végétariens. Cette dérive minoritaire pouvant nuire à un mouvement noble en lui-même, la présidente de l'Association Végétarienne de France, Élodie Vieille Blanchard, a adressé une claire mise en garde dans un éditorial du magazine Alternatives Végétariennes paru en janvier 2016 :

« Si nous comprenons très bien le sentiment de révolte et de désespoir qui peut assaillir tout militant conscient des grandes violences vécues par les animaux, nous considérons toutefois que le végétarisme et le véganisme ne peuvent progresser dans la société que sur la base d'une stratégie bien pensée, respectueuse du public qu'elle cible, fondée sur l'information et sur l'encouragement plutôt que sur le lynchage et l'humiliation. »

Matthieu Ricard est sur la même longueur d'onde en déclarant dans le même magazine : « Dit sans agressivité, cela passe. Si l'on fait appel à la bienveillance d'autrui et que l'on ne met pas l'accent sur le blâme, le discours est mieux reçu. »

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Published by URTICA
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