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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 18:53

 

Deux tendances philosophiques se démarquent dans le domaine de la protection animale : les welfaristes et les abolitionnistes. Les premiers souhaitent améliorer les conditions de vie des animaux, leur bien-être (welfare en anglais). Au contraire, les seconds veulent abolir toute exploitation animale.

 

Les welfaristes se situent dans la lignée de l'australien Peter Singer, pionnier de la cause animale avec son manifeste La Libération animale publié en 1975. Pour celui-ci, il s'agit surtout de pendre conscience que nous avons une obligation morale envers les animaux et d'alléger la souffrance de ceux-ci. Cependant, Singer ne condamne pas à priori l'expérimentation animale. Il pense que celle-ci est susceptible d'apporter des améliorations à l'humanité. Pour Peter Singer, il importe avant tout d'agir pour faire évoluer les consciences en faveur de la condition animale.

Dans cette lignée welfariste, on trouve les organisations de défense animale ONE VOICE et CIWF (Compassion in world farming), ou encore la Protection mondiale des animaux de ferme (PMAF). Certaines, comme ONE VOICE, sont résolument opposées à l'expérimentation animale, mais toutes cherchent à faire évoluer la législation. Pour résumer, on peut dire que l'approche welfariste est pragmatique : à défaut de pouvoir changer le système, ces ONG luttent afin d'améliorer le bien-être des animaux. Par exemple, ONE VOICE s'est beaucoup battue ces dernières années pour protéger les dauphins sauvages et faire interdire les delphinariums. Elle s'est investie également dans la protection des chats abandonnés, tandis que la PMAF se bat contre la castration des porcelets.

 

Les philosophes abolitionnistes comme Tom Regan et Gary Francione sont beaucoup plus radicaux. Opposé à toute forme d'exploitation animale, Tom Regan souhaite l'interdiction pure et simple de l'élevage industriel. Cette abolition s'étend également à la chasse, aux animaux de cirque et des zoos, ainsi qu'à l'expérimentation animale. Gary Francione va même plus loin en réclamant l'abolition des animaux domestiques, comme si les chiens, les chats et les nouveaux animaux de compagnie n'avaient pas un rôle éducateur à jouer auprès de nous.

Si la fondatrice de ONE VOICE s'inspire des leaders non-violents comme Gandhi et Théodore Monod, Francione se réfère au jaïnisme, religion qui considère le respect de toute forme de vie comme une règle absolue. Il va de soi que l'on retrouve dans cette mouvance abolitionniste un grand nombre de végétaliens militants ou végans, suivant la terminologie anglo-saxonne. Et les ONG auxquelles ils appartiennent ont souvent une action efficace et spectaculaire, ce qui leur amène aussi de fortes inimitiés parmi leurs adversaires. À ce titre, on peut citer l'organisation française de défense animale L214 éthique et animaux qui se bat contre le foie-gras et l'élevage de poules pondeuses en cage avec un certain succès ; ou encore l'ONG de défense des cétacés Sea Shepherd, qui a largement contribué à la récente victoire contre les baleiniers japonais.

 

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Quelle orientation choisir ? Une militante végane m'expliquait il y a quelque temps que les militants travaillant pour ONE VOICE n'y restaient pas et incorporaient L214 au bout d'un an ou deux. Ce à quoi je lui répondis que les deux approches avaient leur utilité, afin de faire évoluer la condition animale. En effet, la sensibilité et l'évolution des gens est très variable d'une personne à l'autre. Donc les actions défendant la cause animale doivent être aussi bien globales que ponctuelles afin d'atteindre le maximum d'efficacité. Les militants abolitionnistes souhaitent l'avènement d'une ère où l'homme cesse de dominer l'animal mais règne en paix avec lui. Mais ils sont souvent impatients et oublient que les mentalités mettent du temps à évoluer.

Personnellement, je pense que le plus important est de faire évoluer les consciences. À quoi bon demander la fermeture des abattoirs si les gens veulent continuer à manger de la viande ? Au contraire, j'estime qu'une telle exigence est contre-productrice, étant de nature à générer de farouches hostilités pouvant nuire à la cause qu'elle prétend défendre. Ce qui est obtenu par la force ne peut aboutir à une conquête durable.

Par contre, tout ce qui peut susciter la compassion envers le monde animal est porteur, car cela permet d'ouvrir les cœurs et d'élever les consciences.

 

Il est bien clair que le but final reste l'éradication de toutes les formes de barbarie à l'égard de l'animal, comme la corrida, la chasse, l'expérimentation animale et l'élevage industriel. Mais, pour y parvenir, ce ne sont pas des lois qui suffiront à vaincre les farouches résistances. Il faut plutôt expliquer, révéler, en s'adressant à un public jeune et encore réceptif, les aînés étant souvent enfermés dans leurs traditions malsaines.

Notre nouveau premier ministre, Manuel Valls, est un fervent partisan de la corrida. Sa ville natale à laquelle il semble très attaché, Barcelone, a renoncé à cette coutume barbare. Qu'il fasse de même ! Cela ne pourra que l'honorer.

 

 

Source : Philosophie Magazine n°77 mars 2014, dossier « Pourquoi aimons-nous les animaux ? »

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Published by ISISRET - dans TRIBUNE LIBRE
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