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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 06:39

Mis à jour le 28 juin 2014

  

On célèbre cette année le centenaire du début de la première guerre mondiale (14-18), qui fit 9 à 10 millions de morts selon les estimations.

Le conflit débuta à la suite de l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand de Habsbourg et de son épouse par Princip, un activiste serbe de Bosnie à Sarajevo le 28 juin 1914. François-Ferdinand était le neveu de l'Empereur François-Joseph et l'héritier présomptif du trône d'Autriche-Hongrie. Le jeu des alliances fit alors que les puissances européennes se déclarèrent la guerre les unes aux autres avec le résultat que l'on connaît.


HGM Wilhelm Vita Porträt Franz Ferdinand

Portrait de l'Archiduc François-Ferdinand par Wilhelm Vita.

Wikimedia Commons [public domain]

https://meta.wikimedia.org/wiki/File:HGM_Wilhelm_Vita_Portr%C3%A4t_Franz_Ferdinand.jpg



Certes, les causes de la Grande Guerre sont complexes. On parle du lobby militaro-industriel (Krupp et Cie), des généraux belliqueux (von Molkte, Ludendorff, Nivelle...) et de la personnalité du Kaiser Guillaume II. Mais une donnée importante semble avoir échappé aux historiens : le massacre des hommes a commencé par un massacre d'animaux sauvages.

 En effet, plus encore que François-Joseph (qui abattit lui-même au moins 2000 cerfs et chamois), François-Ferdinand était un chasseur compulsif. Peu avant d'être lui-même abattu, il venait de "tirer" son 10000ème cerf ! À lui seul, François-Ferdinand abattit le chiffre à peine croyable de 300 000 pièces de gibier : oiseaux de toutes sortes, cerfs élaphe, chamois, ours, bisons, éléphants, tigres... Son ancien château familial de Konopišté, en Bohème, recèle du reste un véritable musée de la chasse avec des centaines d'animaux empaillés et la plus belle collection d'armes anciennes d'Europe Centrale. Cela montre le goût immodéré de l'archiduc pour les armes à feu.

Ce manque de compassion pour les animaux accentuait sans doute son caractère dur. François-Ferdinand scella ses affinités germaniques en chassant avec le Kaiser Guillaume II (voir photo en lien). 

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Wilhelm_II_of_Germany_and_Franz_Ferdinand_of_Austria.jpeg

 

 Le fait que François-Ferdinand d'Autriche ait chassé en compagnie de l'Empereur allemand Guillaume II n'est pas anodin. En effet, c'est sur les recommandations de l'Allemagne que l'Autriche-Hongrie adressa à la Serbie un ultimatum aux conditions inacceptables, ce qui entraîna la déclaration de guerre à la Serbie et son alliée la Russie à mobiliser. Guillaume II entendait sans doute venger un compagnon de chasse, sans mesurer les conséquences désastreuses de son attitude. Dès lors, l'engrenage infernal était enclenché. Mais au départ, il y a la dureté de cœur des belligérants accentuée par leur pratique de la chasse. Avant d'entraîner leur peuple au carnage, ils se sont exercés sur les animaux.


Grand chasseur lui-même, l'Empereur François-Joseph connut de graves soucis familiaux : le suicide mystérieux de son fils Rodolphe, l'exécution de son frère Maximilien empereur du Mexique, l'éloignement puis l'assassinat de sa femme Sissi et pour finir l'assassinat de son neveu et héritier l'Archiduc François-Ferdinand.

 

Nicolae Ceausescu, le dictateur roumain, était lui-même un grand amateur de chasse à l'ours qu'il était le seul à pouvoir chasser dans le pays. En fait, il abattait des ours abrutis de tranquillisants et attachés à un arbre, avec deux tireurs embusqués pour être sûr qu'il ne râte pas son coup. Ceausescu termina sa vie fusillé, ainsi que son épouse, à l'issue d'un procès expéditif.

 

Plus récemment, le roi Juan Carlos d'Espagne a indigné l'opinion publique espagnole à la révélation de ses coûteuses chasses à l'éléphant au Botswana, en pleine période de crise économique. Cela n'a pas porté chance au monarque ibérique qui s'est fracturé la hanche avec opération de prothèse à la clé et a dû affronter la vindicte publique. À la suite de ça son petit-fils de 14 ans s'est tiré une balle dans le pied et sa fille l'infante Helena affronte les démélés judiciaires que l'on sait.

 

La chasse doit être reconnue pour ce qu'elle est : un loisir barbare et sadique. Les chasseurs ne devraient plus être protégés, mais au contraire poursuivis par les tribunaux. Problème : les députés qui votent les lois sont eux-mêmes chasseurs pour la plupart. 

Malgé tout, il semble que le vent tourne puisque Farid, le jeune marseillais qui avait martyrisé un chaton, et dont la vidéo a fait le tour du web, a été condamné à un an de prison ferme et à l'interdiction de posséder un animal.


 

Pour en revenir à la grande boucherie de 14-18, je voudrais souligner ici le caractère visionnaire de Tolstoï, qui annonça dès 1893 le carnage à venir, soit 21 ans avant les évènements :

"...nous sommes tous appelés à participer à la tuerie qui doit s'accomplir inévitablement sinon aujourd'hui, demain."

"Les souverains, qui prennent conseil aujourd'hui de leurs ministres, décident de par leur seule volonté si c'est cette année ou l'année prochaine que commencera la grande tuerie. Ils savent très bien que tous les discours ne les empêcheront pas, quand l'idée leur en viendra, d'envoyer des millions d'hommes à la boucherie." (Tolstoï - Le royaume des cieux est en vous)

S'agit-il des paroles d'un hérétique ou d'un prophète ?

 

 

En cliquant sur le lien suivant, on peut voir une vieille photo datée de novembre 1910 (extraite des archives allemandes) et montrant le Tsar Nicolas II invité à la chasse par l'Empereur Guillaume II. Tous deux sont entourés d'une hécatombe de cervidés abattus. Quelques années plus tard, ils perdaient tous les deux la guerre et leur trône. Nicolas II était même massacré sauvagement par les bolchéviques, ainsi que toute sa famille.

http://www.v-like-vintage.net/fr/photo_details/62603_photo_L%C2%B4empereur+Guillaume+II+et+le/

 


 

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Published by ISISRET - dans TRIBUNE LIBRE
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commentaires

luc nemeth 21/05/2014 13:24

Bonjour.
Pratiquer la chasse, allait de soi, pour l'aristocratie décadente des deux camps, alors aux postes de commande : ce n'est pas inutile de le rappeler compte tenu d'une propagande insidieuse à
laquelle on assiste, alors même que le centenaire effectif (août 2014) n'est pas encore arrivé et selon laquelle nous serions, grâce (!) à la première guerre mondiale, "entrés dans la modernité",
sic. De quoi assurément donner envie, d'y entrer à reculons... Mais en plus, les universitaires et les journalistes embeddés prennent ici une fois de plus la conséquence pour la cause. On sait bien
que le monde, au lendemain d'une guerre d'une telle ampleur, n'est plus le même -du moins pour les survivants- que ce qu'il était à la veille. Mais c'est ici l'historien américain Arno Mayer, qui a
raison, dans son livre sur la Persistance de l'Ancien Régime : l'Europe de 1914 était encore gouvernée par une vieille caste fondamentalement nostalgique de l'Ancien Régime. L'entrée en guerre de
1914 fut le triomphe de cette caste, qui même lorsqu'elle n'était pas ouvertement inspirée par l'idée que "une bonne guerre leur fera du bien" était de toute façon impatiente de reprendre en mains
les prolétaires, au terme d'un demi-siècle de montée en puissance exponentielle de la lutte sociale...
Bien cordialement.

Florian KAPLAR 22/02/2014 10:28

Merci pour cet article Yves. Nos gouvernants ne changeront que si nous, citoyens, changeons radicalement. C'est lent mais le mouvement est lancé, la prise de conscience sera individuelle puis
collective.
Si nous mangeons peu ou pas de viande ni de produits carnés, en privilégiant les circuits courts pour favoriser les produits locaux et nos paysans, le modèle changera.
Mais tu l'as vu, à l'ouverture du salon de l'agriculture, le président a été reçu par le syndicat agricole majoritaire qui a parlé des emplois que génère l'agriculture française. Et tant qu'on aura
ce chantage à l'emploi, rien ne changera. On défend le foie gras parce que c'est un fleuron de la gastronomie et qu'il y a des emplois à la clé, mais au prix de quelle souffrance ! Tout cela ne
peut plus durer... Mais il y a encore trop de gens, et on en côtoie tous les jours, qui pensent que les animaux sont faits pour "être bouffés"... Tant qu'il y aura ce genre de raisonnements, le
statut de l'animal prendra beaucoup de temps pour évoluer, hélas...