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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 13:50

 

 Seconde peau, le cuir véhicule une image de virilité et de sensualité, d'où son adoption par les adeptes du sadomasochisme. Mais, dans la réalité, le cuir est le résultat d'une immense souffrance, non seulement pour les animaux dont il est issu, mais pour les ouvriers qui ont participé à son élaboration, particulièrement dans les pays du tiers-monde où la production 1er prix est désormais délocalisée. Au Bengladesh, les tanneries sont même à l'origine d'un désastre écologique sans précédent.

 

 

L'Inde : un marché en pleine expansion

 

Pour commencer, il ne faut pas perdre de vue que le cuir constitue le principal sous-produit de l'élevage, constituant à lui seul 40% de la valeur de l'animal en moyenne. Il sous-tend donc la production des races à viande et même laitières.

À travers l'exemple de l'Inde et du Bengladesh, nous allons suivre les différentes étapes qui aboutissent à la fabrication de l'objet en cuir convoité. Car, on l'ignore peut-être, mais l'Inde est en passe de devenir en 2012 le premier exportateur mondial de viande bovine. Il s'agit en fait de buffle d'eau, dont la viande est exportée congelée au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est. Ces pays apprécient sa qualité et son prix attractif la rend bien plus compétitive que la viande de zébu brésilien.

À l'origine, l'élevage des bufflonnes a été développé en Inde à cause du lait de l'animal, très riche en matière grasse, qui permet de confectionner du beurre clarifié (ghee) pour le marché local. Mais la loi indienne interdit l'abattage des vaches et bufflonnes produisant du lait, l'abattage des mâles étant autorisé dans les seuls états du Kérala et du Bengale Occidental où les communautés chrétiennes et musulmanes sont importantes, ainsi que dans les états tribaux situés entre le Bhoutan et la Birmanie où la consommation de viande est traditionnelle. Cette loi avait pour but de ménager les hindous, respectueux des bovins, qui sont majoritaires dans les autres états. Mais, avec la mondialisation, les choses ont pris une autre tournure.

 

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Ainsi, les bêtes sont acheminées dans des conditions abominables, sur de longues distances, par de mauvaises routes, souffrant de la faim et de la soif, entassées les unes sur les autres, étouffées par leurs congénères ou souffrant de fractures multiples. Beaucoup meurent durant le voyage, qui se termine souvent au Bengale Occidental. Là commence un autre genre de trafic.

La pénurie des abattoirs en Inde a en effet favorisé les abattoirs clandestins − sept fois plus nombreux que les établissements officiels −, ainsi que la contrebande et la corruption, notamment à la frontière avec le Bengladesh. Le prix d'un bovin est en effet multiplié par 3,5 en passant d'un pays à l'autre, ce qui attise les convoitises, à commencer par celle des garde-frontières, qui touchent leur bakchich des deux côtés, sans compter les politiciens véreux qui permettent à cette situation de perdurer. On estime la contrebande annuelle de bovins à 1,5 millions de têtes, pour un montant de 500 millions de dollars. Et ceux qui essayent de faire passer du bétail en douce au Bengladesh sans passer par les postes frontières et graisser la patte des douaniers sont abattus par les garde frontières qui terrorisent les paysans frontaliers (100 morts par an). L'Inde est du reste l'un des pays les plus corrompus au monde, ce qui fait l'objet d'un débat national depuis le printemps 2011, toute réforme étant bloquée par les députés malgré la pression populaire.

 

INDIA BRUT SAMSUNG 930 web

 

Les tanneries du Bengladesh : une apocalypse sanitaire et environnementale

 

Là, on arrive au bout de l'enfer, à la fois pour les bêtes et les ouvriers des tanneries. Si le Bengladesh est devenu aujourd'hui l'un des principaux pays exportateurs de peausseries, c'est grâce à une absence presque totale de réglementation qui abaisse les coûts de production. Mais cela se fait au prix d'une main d'œuvre sacrifiée et de dégats irrémédiables sur l'environnement. L'industrie du cuir est en effet l'une des plus polluantes au monde, avec l'emploi de quelques 250 produits chimiques toxiques. Au premier rang desquels on trouve le chrome, utilisé pour le tannage depuis la fin des années 1960. Hautement toxique et corrosif, celui-ci provoque le cancer du poumon et des ulcères de la peau chez ceux qui y sont exposés.

La majorité des tanneries du Bengladesh se trouve à Hazaribagh, dans la banlieue de la capitale Dhaka, en amont de la rivière Buriganga qui traverse la ville. Peuplée de 18 millions d'habitants, Dhaka est une ville gigantesque, où viennent s'entasser chaque année 800 000 nouveaux migrants. En majorité, ce sont des petits paysans ruinés, prêts à tout pour survivre. Avec un salaire équivalent à 40 € par mois pour un ouvrier de tannerie adulte, cela lui permet tout juste de se nourrir, avec une espérance de vie d'à peine 50 ans. Et que dire des enfants qui travaillent dans ce milieu hostile durant 12 h par jour pour 27 € par mois !

Sachant que la main d'œuvre est inépuisable, les patrons des tanneries rechignent à se délocaliser et à traiter leurs eaux usées. Et les parlementaires bengalis, commerçants pour la plupart, bloquent toute réforme en connivence avec les tanneurs. En attendant, quelque 20 000 m³ d'eaux usées saturées de produits toxiques sont rejetées chaque jour dans la rivière par plus de 200 tanneries de la ville, ce qui fait de la zone l'une des plus polluées au monde. L'eau de cet immense égout à ciel ouvert servira à irriguer ensuite les cultures environnantes (!) tandis que les déchets de tanneries chargés en métaux lourds sont destinés à la fabrication d'aliments pour nourrir les poulets et les crevettes...


 

Le cuir dans notre vie quotidienne

 

Est-ce à dire que nous devions radicalement abandonner l'usage du cuir, ainsi que le préconisent les végans ? Comme ces ascètes hindous ou jaïns qui portent des sandales de bois. Mais il n'est pas question de remarcher en sabots !

Dans un premier temps, je pense que l'on doit surtout limiter le cuir aux objets strictement utilitaires, comme les chaussures de ville, de travail ou les ceintures, et éviter au maximum tout ce qui est superflu et tapageur. A-t-on vraiment besoin d'un canapé en cuir, de cuissardes ou d'une douzaine de sacs à main « pleine peau » ? Celles qui ont une addiction aux chaussures, collectionnées par dizaines de paires, entretiennent inconsciemment l'exploitation animale et humaine, la corruption et la pollution dans des pays lointains comme l'Inde et le Bengladesh. L'Europe importe en effet chaque année 141 millions de peaux, rien que du Bengladesh. Aussi, si vous trouvez une paire de chaussures à 10 € ou un magnifique sac à main en cuir à quelques dizaines d'euros, il est probable que l'article a été produit en Asie dans de telles conditions, sans aucun respect pour l'animal, ni pour la santé, la sécurité et le bien-être de ceux qui ont participé à l'élaboration du produit, ainsi qu'au mépris de toute règle de la préservation de l'environnement.

La prochaine fois que vous vous apprêtez à acheter un objet en cuir, demandez-vous : en ai-je réellement besoin ?


 

 

Pour lire l'article en PDF : L'industrie du cuir L'industrie du cuir

 

 

Sources :

http://www.one-voice.fr/alimentation-et-vetements-sans-barbarie/le-cuir-une-industrie-alliant-cruaute-et-pollution/


http://www.everydaymoney.ca/2010/05/cow-smuggling-in-india-a-lucrative-trade-report-says.html


http://daily.bhaskar.com/article/BIZ-NEWS-india-to-become-leading-beef-exporters-3342317.html?HT5


http://www.les-vegetaliseurs.com/article-66039-lecuirunecatastropheecologique.html


http://www.zeppelin-geo.com/galeries/bangladesh/hazaribagh/hazaribagh.htm


http://www.sos-arsenic.net/english/environment/leatherindustry.html

 

http://lacriee.free.fr/vegetarisme-Inde-Tibet.pdf

 

http://www.goodplanet.info/Contenu/Videos/Debat-sur-le-cuir-bon-marche-venu-du-Bangladesh/%28theme%29/277

 

 


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Published by ISISRET - dans TRIBUNE LIBRE
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