Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 12:00

 

En France, 1% de la population est diagnostiquée comme intolérante au gluten, pour 6 à 10 fois plus de gens qui ignorent leur maladie. Également appelée maladie cœliaque, l'intolérance au gluten provoque une destruction de la muqueuse intestinale. Les vitamines et minéraux étant assimilés par l'organisme à travers les villosités de l'intestin grêle, cette intolérance entraîne de sérieuses carences alimentaires. Cette maladie en forte recrudescence nécessite de suivre un régime alimentaire très strict à vie.

Mais il existe aussi une sensibilité au gluten  qui se manifeste plus discrètement et toucherait une part importante de la population occidentale. Sommes-nous tous concernés ? La sélection génétique de blés à forte teneur en gluten est-elle en cause ?

 

 

Où trouve-t-on le gluten ?

 

Le gluten est une protéine naturellement présente dans le blé, le seigle, l'orge, le kamut et l'épeautre,  l'avoine pouvant être contaminée sur les chaines de fabrication. Il s'agit d'une substance élastique qui sert de liant et rend ces céréales panifiables. On trouve donc du gluten dans le pain, les pizzas, les pâtes, les biscuits, la pâtisserie, mais aussi étonnamment dans un grand nombre de produits industriels comme la charcuterie et certaines conserves. Comment se fait-il qu'en un siècle, le taux moyen de gluten du blé soit passé de 7% à 12% ? Si autrefois on pouvait préparer du pain avec de la farine à faible taux de gluten, la mécanisation de l'industrie alimentaire exige des variétés riches en gluten pour un pétrissage rapide. Sans gluten, impossible à un pizzaiolo d'étirer sa pâte, ni de confectionner des pains de mie dans une boulangerie industrielle. L'industrie rajoute même du gluten dans ses pâtes surgelées pour viennoiseries.

 

 

Processus de la maladie

 

Le problème, c'est que le gluten forme une sorte de colle qui bouche les villosités de la muqueuse intestinale, provoquant la dégénérescence de celle-ci. Or, c'est justement par la muqueuse de l'intestin grêle que l'organisme absorbe les protéines, les vitamines, le calcium, le fer etc. On qualifie la maladie cœliaque de maladie auto-immune, car c'est l'augmentation de l'immunité intestinale qui amène la muqueuse à s'auto-détruire. Cette dégradation semble favorisée par un manque de fibres dans le régime alimentaire, propice au colmatage des villosités intestinales.

 

 

Symptômes et diagnostic

 

Les principaux symptômes de l'intolérance au gluten sont : fatigue, diarrhée, constipation, ballonnements, mauvaise haleine, migraines, amaigrissement, aphtes, reflux gastrique, ménopause précoce, voire aucun symptôme du tout.

Le diagnostic médical se fait par une prise de sang et une fibroscopie. Il existerait aussi un test de dépistage par les urines nommé méthode NAET, fiable et moins contraignant que l'exploration endoscopique. Pour leur part, les naturopathes préconisent une abstinence de gluten durant trois semaines, suivie d'une réintroduction des aliments suspects pour juger des effets délétères ou non.

Il n'y a pas de traitement médicamenteux, seul le régime étant nécessaire. (Cependant des lavements peuvent être associés au changement de régime afin de désencrasser la muqueuse intestinale). C'est pourquoi la recherche avance peu, car l'industrie pharmaceutique n'a pas de perspectives d'investissement en la matière.

Mais les complications peuvent être graves : ostéoporose avec son risque de fracture et de dépendance physique, terrain cancéreux, troubles neurologiques (difficultés de concentration, agressivité), on parle même de prédisposition à l'autisme.

Il est nécessaire de persévérer plusieurs mois dans son régime avant d'espérer une guérison partielle, mais les résultats sont encourageants et récompensent des sacrifices consentis.

 

 

Un chercheur isolé

 

Docteur en neurochimie de l'Université d'Oslo, le Pr Karl Reichelt a consacré trente ans de sa vie à la recherche sur le gluten. Il explique qu'on y trouve des peptides opioïdes, molécules apparentées à la morphine. En traversant la muqueuse intestinale, elles passent dans le sang pour atteindre finalement le cerveau où elles provoquent une accoutumance à la manière d'une drogue. (On trouve aussi des substances addictives dans le fromage, les deux intolérances étant souvent liées). Ces opioïdes perturbent l'apprentissage et la socialisation, pouvant jouer un rôle dans la dépression. Dire que, pendant longtemps, on a considéré les personnes intolérantes au gluten comme des hypocondriaques ! Le Pr Reichelt a lui-même été la risée de ses collègues avant d'être reconnu comme un expert.

Par ailleurs, une récente étude brésilienne a constaté que les souris mises au régime sans gluten sont deux fois moins grosses que celles qui ont un régime avec gluten et moins de problèmes inflammatoires.

 

 

Comment vivre son régime au quotidien ?

 

Il n'est pas facile de se nourrir sans gluten à cause de l'isolement social et du coût important des produits de substitution. Cette maladie exclut toute sortie au restaurant, le gluten se glissant partout dans notre alimentation. Il suffit en effet de simples traces de gluten comme des frites cuites dans un bain d'huile qui a servi à frire de la pâte auparavant pour déclencher des troubles. Si les produits garantis sans gluten sont en moyenne deux fois plus chers que les autres, ce n'est pas seulement à cause des lignes de fabrication plus réduites et d'une moindre concurrence, donc de meilleures marges. Il y a aussi la nécessité de décontaminer toute la chaîne de production, avec tests de dépistage avant et après fabrication. Ceci dit, les rayons sans gluten commencent à se développer dans les supermarchés (avec même des plats préparés sans gluten), les industriels y ayant vu une opportunité de développer leur chiffre d'affaires dans un contexte économique difficile.

 

Comme produits de base dépourvus de gluten, on trouve le riz, le sarrasin, le maïs, le millet, le sorgho, le quinoa, l'amaranthe, la châtaigne, le chanvre, le tapioca, le teff, le fonio, le souchet et l'arrow-root  (une plante de la Réunion). Il y a donc de nombreuses alternatives au blé. Reste à faire preuve de créativité. La gomme de guar peut remplacer le gluten comme liant dans la pâte à pain, mais des ateliers de cuisine sont nécessaires pour acquérir l'apprentissage. Le résultat s'avère être tout aussi savoureux qu'avec des recettes classiques.

 

Cependant, il y a quand même un risque de favoriser la prise de poids avec des aliments à index glycémique élevé tels que les galettes de riz soufflé ou les pommes de terre toutes deux déconseillées aux diabétiques.

 

Alors que l'intolérance au gluten n'autorise aucun écart, les personnes simplement sensibles au gluten pourront se permettre de consommer raisonnablement du petit épeautre, variété ancienne de céréale qui n'a pas subi de sélection génétique comme les blés modernes. Son gluten semble mieux toléré par l'organisme. Reste le prix élevé du petit épeautre au faible rendement et dont la culture est incompatible avec la mécanisation agricole.

 

 

Les sportifs se mettent au « sans gluten »

 

Si le gluten possède donc une certaine toxicité, son abstention permet-elle à des gens qui ne sont pas malades d'être en meilleure forme ? C'est le cas si l'on en juge par les performances de plusieurs champions de tennis comme Novak Djokovic, Andy Murray (tous deux finalistes de Wimbledon en 2013) et Jo-Wilfried Tsonga qui ont vu leurs résultats s'améliorer après l'adoption d'un régime sans gluten. (Ça serait même plus efficace que le régime Kinder Buéno !). Cela augmente l'endurance en réduisant le risque de tendinite fréquente dans ce sport. De nombreux autres sportifs ont également testé ce régime avec succès.

 

 

Le débat sur l'autisme

 

Au sujet de la propension éventuelle du gluten à favoriser l'autisme, il est nécessaire d'apporter une précision importante.

En effet, de nombreux parents ont recours à un régime sans gluten et sans caséine suivant les recommandations du Dr Seignalet. Et ils constatent une nette amélioration de la santé de leur enfant. L'agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), devenue depuis l'ANSES, a publié en 2009 un rapport défavorable à ce lien non démontré par l'expérimentation clinique. Car, dans le milieu scientifique, on croit plus dans des études à la méthodologie souvent biaisée par de sombres intérêts qu'à la constatation directe.

En outre, le site lanutrition.fr a montré que le professeur qui a dirigé ce rapport de l'AFSSA était étroitement lié à l'industrie laitière, faisant sérieusement douter de l'impartialité de ce rapport.

N'en déplaise aux gendarmes de la médecine, l'île japonaise d'Okinawa - où l'on pratique un régime alimentaire sans gluten et sans caséine - détient le record mondial de longévité ; cela plaide en faveur de l'innocuité d'un tel régime et même du bénéfice-santé que l'on peut en attendre.

 

D'un autre côté, la neurologue britannique Natasha Campbell Mac Bride a publié un livre sur les liens entre l'autisme et la flore intestinale. Elle y explique que les autistes, mais aussi les schizophrènes, dépressifs et enfants hyper-actifs souffrent tous d'une flore intestinale dégradée.

 

D'après une étude suédoise, l'intolérance au gluten de la mère multiplierait aussi par deux le risque de schizophrénie chez son enfant.

 

La pharmacienne Danielle Festy avait sans doute raison en publiant en 2003 un livre intitulé « Tout vient du ventre ».

 

Il est urgent de revenir à des pratiques alimentaires plus saines. Prenons le temps de faire notre marché et de préparer nos plats à la maison, plutôt que d'acheter du tout prêt contenant n'importe quoi. C'est une question de choix et d'organisation. Ou préférons-nous perdre notre vie à la gagner ?

 

 

Sources :

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by ISISRET - dans DIETETIQUE
commenter cet article

commentaires